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Salif Keita
Il a été l'un de ceux qui ont popularisé la musique africaine en Europe au milieu des années 80. En retour, il a apporté juste ce qu'il fallait d'instruments et de techniques occidentales. A force de lui coller l'étiquette "noir albinos", on semble oublier que Salif Keita est avant tout un grand chanteur. Si, à l'origine, Salif Keita avait eu l'intention d'être effacé et timoré, c'est raté. Dès le départ, la vie l'a obligé à se battre. Il a dû y prendre goût parce que lui-même s'est rajouté des obstacles et des défis, dont il a brillamment triomphé.Salif Keita est né le 25 août 1949 à Djoliba, au Mali. Il est totalement albinos et sa mère doit le cacher, s'enfuir avec ses enfants (Salif et sa sœur) pour éviter la vindicte des foules superstitieuses qui prônent l'infanticide de cet enfant dépigmenté. Malgré les pressions, il atteint l'âge adulte. Non sans remous puisque ce descendant de Soundjata Keita (l'un des fondateurs du grand empire mandingue du XIIIème siècle) a décidé de devenir musicien. Il transgresse ainsi un tabou important car, au Mali, seuls ceux qui appartiennent à la caste des griots peuvent espérer vivre de la musique. La transgression est encore plus forte dans son cas puisqu'il est noble.A l'âge de 17 ans, le jeune Salif joue dans les bars et dort à la belle étoile. Il vivra ainsi pendant près de 3 ans jusqu'à ce que le " Rail Band de la gare de Bamako " (l'une des formations les plus populaires du Mali) lui propose le poste de chanteur. Fin de la galère et début du succès. Au sein du " Rail Band ", il fait notamment la connaissance du grand guitariste Kante Manfila. En 1973, les deux musiciens quittent ensemble le " Rail Band " pour intégrer " Les Ambassadeurs du Motel ", autre orchestre très célèbre de Bamako. La carrière internationale de Salif commence à prendre forme en Afrique de l'Ouest. A tel point qu'en 1978, il fonde " Les Ambassadeurs Internationaux " à Abidjan. Là, il écrira des pages essentielles de l'histoire de la musique africaine jusqu'en 1983, date de son départ pour la France. L'édition 1984 du festival d'Angoulême le révèle au public français. Pourtant, il faudra attendre trois ans avant que " Soro ", son premier album solo, ne sorte. L'année suivante, il participe au 70ème anniversaire de Mandela à Wembley, aux côtés de Youssou N' Dour, Ray Lema et Sly & Robbie. Les collaborations prestigieuses et les albums s'enchaînent à un rythme soutenu les premières années, puis en s'espaçant au fil des ans. Le bouillant Salif Keita s'est assagi avec l'âge et, désormais, il tient à prendre du recul et à peaufiner sa musique. Pour son disque " Papa " (sorti en juin 1999), il est allé enregistrer à Bamako, New York et Paris. Non pas par caprice de star avide de tester les studios du monde entier, mais pour avoir à chaque fois le son adéquat. Cette même exigence l'a poussé à collaborer avec Vernon Reid (co-producteur du disque) et à inviter Grace Jones pour certaines parties vocales. Tout en restant séduisante, sa musique ne s'impose plus comme autrefois mais réclame plusieurs écoutes pour s'installer. Cela s'appelle sans doute la maturité…
Magali Bergès
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